Depuis
le temps que je la raconte cette histoire, je ne saurais bientôt
plus si elle est vraie ! Le temps nous joue de vilains tours
parfois et la mémoire est infidèle. Pourtant je peux vous
l'assurer, elle est bien réelle, et avant qu'elle ne s'efface
tout à fait je veux la mettre noir sur blanc telle que je l'ai
vécue ou plus précisément telle que je l'ai vécue comme témoin
de faits réels que je vais vous présenter ici.
C'était
pendant l'été quatre vingt dix huit, vous savez ce bel été où
la France devint championne du monde de football un beau soir de
Juillet. Je n'ai pas connu ce beau soir, plus précisément je
n'étais pas en France ce soir là et je le regrette encore étant
donné la folie qui s'ensuivit. Non, j'étais en Grèce en
vacances dans un club perdu dans le Péloponnèse. Bien sur nous
avons suivi les matchs et plus particulièrement le dernier,
l'ambiance n'y était pas, peut être la faute du barman qui
nous fit carrément la gueule le soir de la finale, à peine le coup
de sifflet final donné, il fermait le bar sans autre forme de
procès, allez vous faire voir ailleurs. Il ne devait pas aimer les
français !
Mais
je ne vous invite pas ici pour parler football.
Il
faisait chaud dans le Péloponnèse ! Les places à l'ombre au
bord de l'eau étaient relativement chères, il fallait retenir sa
place de bonne heure le matin pour être sous un parasol au bord de
l'eau. Ceux qui ont été en club connaissent le problème, enfin
passons, ce n'est pas là mon sujet non plus. Tous les jours nous
nous installions mon amie et moi pour de longues journées dans les
transats où le temps passait entre lecture et bains de mer ou de
soleil. Quand on est ainsi installé, on a tout le temps de regarder
et espionner ses voisins et disséquer leurs mœurs. Tout en faisant
semblant de lire, on peut à loisir avoir un œil sur les seins de la
voisine ou sur les attouchements des petits amoureux que l'on a
repérés.
C'est
ce que je me mis à faire consciencieusement ! La faune tout
autour me procurait de petites joies bien innocentes et revigorantes.
Et
puis un jour je repérais une famille.
Pour
comprendre ce qui va suivre, il faut que je vous décrive les
personnages bien authentiques qui composaient cette famille
française. Ils étaient trois, le père, la mère, et le fils. Le
père avait franchi la barre de la quarantaine, très brun,
méditerranéen, il était bien de son pays. (Je découvris
rapidement qu'ils étaient marseillais.) Très effacé, il était
presque insignifiant malgré sa carrure imposante, à la limite de
l'invisible. Je le regardais vivre et m'aperçus très vite qu'il
était à l'écart, ayant ses propres distractions, il allait tout
seul à ses excursions, laissant les deux autres. Il était aux
ordres, toujours à servir quand sa femme le lui commandait.
Disponible et effacé, le serviteur idéal.
En
fait ce qui attira mon regard, ce fut le fils. Un bel adolescent qui
devait avoir quinze ou seize ans pas plus et peut être moins car je
juge difficilement de l'age des jeunes gens. Pourquoi le cacher il
était beau ! Les cheveux longs entouraient un visage aux traits
réguliers. Le corps fin et délié, il paraissait comme tous les
jeunes de son age, remuant et plein de vitalité. Et puis d'une
prévenance toute particulière envers sa mère !
C'est
justement cette prévenance qui attira mon regard, ce petit jeune
homme était aux petits soins pour sa maman, il lui portait son sac
de plage, lui passait ses lunettes de soleil, lui déplaçait le
parasol etc.... Il lui passait même la crème solaire sur le corps !
C'est ça je crois qui m'a fait tiquer et a attiré mon
attention. Le père ne le faisait pas, c'était le fils qui
enduisait sa mère de crème solaire. Le dos entièrement, le bas
des reins discrètement, les cuisses aussi et quand il allait trop
bas la maman le repoussait mollement. Ou alors quand sa main dérapait
un peu sur les épaules vers un sein elle se dérobait. Je me
passionnais davantage pour leur manège, caché derrière mes
lunettes de soleil, j'étais le parfait espion, voyant sans être
vu.
Et
la maman me direz vous ? Comment était elle ?
C'était
une femme mince, assez petite, blonde, frôlant la quarantaine elle
aussi mais n'ayant pas forcément franchi le cap. Elle était jolie
si l'on considérait l'ensemble, bien faite de la tête aux
pieds. Cependant si l'on observait bien son visage, on y voyait une
expression dure, avec quelque chose d'implacable qui m'empêchait
de la trouver franchement belle. Quelque chose me gênait dans son
regard.
Si
vous n'y prêtiez garde, elle avait vis-à-vis de son fils une
attitude toute à fait normale pour une mère. Excepté ses
attouchements quand son fils lui passait sa crème solaire, et que
j'aurais simplement pu classer au titre de la maladresse ou de
l'adolescence perturbée, rien n'aurait pu trahir quoi que ce
soit.
Mais
à regarder mieux ?!
En
attendant je me désintéressais un peu de leur vie, je me disais que
tout cela était somme toute normal et que c'était moi qui voyait
le mal partout. Je détournais le regard, après tout les gens ont le
droit de vivre comme ils l'entendent et ils n'ont pas à me
demander la permission de se faire des caresses.
Ainsi
donc allait nos vacances, j'essayais de chasser cette famille de
mon esprit. Il demeurait des points bizarres, pourquoi le père
allait il seul aux excursion que proposait le tour opérateur ?
Et ces jours là pourquoi les deux autres disparaissaient de longs
moments alors que tout appelait à la plage et au farniente au bord
de l'eau. Sans doute allaient ils de leur coté ?
Un
jour à table, mon amie me fit une remarque à leur sujet. Je fus
surpris qu'elle amène la conversation sur le trio, je ne pensais
pas qu'elle eut des commentaires à faire sur cette famille. Mais
les femmes sont fines, bien plus que les hommes ne le pensent, et
elle me demanda si je ne les trouvais pas « bizarre ». Je
m'empressais de répondre que si mais que j'avais mis ce
sentiment que sur le compte de mon mauvais esprit. Nous eûmes alors
une discussion de laquelle il ressortit que nous avions observé la
même chose. Elle me demanda si je trouvais naturel qu'un garçon
caresse ainsi sa mère sous prétexte de l'enduire de crème
solaire des pieds à la tête, qu'il vienne si près d'elle
pendant des heures, la tienne par le cou et lui donne des baisers
sans arrêt, qu'ils aient de longs apartés, se parlant à
l'oreille avec en fin de compte des fous rires alors que le père
est à deux pas en train de faire ses mots croisés dans la plus
totale indifférence. Oui il y avait dans ce comportement un mystère
et nous prononçâmes le mot inceste dans la conversation.
Mon
ami travaille en milieu hospitalier et à ce titre est confronté aux
situations les plus extravagantes, elle n'a pas la même
appréhension des choses de la vie et est très intuitive, mettant
rapidement un nom sur les comportements. Pour elle les choses étaient
claires, nous avions devant les yeux un cas d'inceste manifeste.
La
conversation s'arrêta sur cette constatation et nous passâmes à
autre chose.
Cependant,
chacun de notre coté et de façon tout à fait complice, nous
observions mieux, l'un faisant part de ses remarques à l'autre
qui remarquait à son tour. Ainsi nous avons acquis la certitude de
la liaison particulière de la mère et de son fils.
Vous
allez me dire que nous n'avons jamais tenu la chandelle !
Certes non, mais l'assemblage de multitudes de petits faits nous
rendit sur de nous. Il nous manquait cependant « La preuve »,
celle qui confirmerait tous ces petits faits.
Cette
preuve formelle, au risque de vous décevoir nous ne l'eûmes
jamais formellement. Pour cela nous aurions du nous glisser dans leur
chambre un soir, mais bien entendu jamais cette idée ne nous
effleura. Nous nous amusions du manège de la mère et du fils, un
point c'est tout. Dans un lieu de désoeuvrement comme un club de
vacances, cela constitue une distraction comme une autre, tout le
monde est sous le regard de tout le monde et on critique les petits
travers de ses compagnons de vacances.
Il
y avait près du club une de ses adorables tavernes grecques où nous
avions fini par avoir nos habitudes. Le café frappé y était bien
moins cher qu'au club et nous y allions midi et soir pour prendre
nos rafraîchissements. Sur la terrasse nous étions au bord de la
plage où passaient les gens et notre distraction était aussi de les
regarder passer le long du rivage. Plus loin, il y avait un
embarcadère pour l'île de Spetzes, en face de la plage, et
c'était un lieu de promenade très prisé par les estivants du
coin. Quel plaisir de prendre le bateau pour aller en face juste
prendre un ouzo et revenir au club avec l'impression d'avoir fait
une croisière !
Un
jour donc nous voila assis à la terrasse à siroter nos cafés
frappés et voir le monde déambuler devant nous, lorsque soudain au
loin, venant du débarcadère, je vois s'approcher nos deux
tourtereaux. Je dis bien tourtereaux car ils se tenaient par la main,
non pas comme maman et fiston mais bien les doigts enlacés comme des
amoureux. Oui, il n'y a pas d'autre terme, un fils et une mère
ne se tiennent pas ainsi, en tout cas je n'en ai jamais vu !
Et quand bien même, à l'adolescence, tient-on sa maman par la
main ? On aurait plutôt envi de fuir l'emprise maternelle
non ?
Ces
deux là se tenaient bien comme des amoureux j'en mettrais ma tête
à couper, non content de croiser leurs doigts ils avaient une façon
particulière d'enlacer leurs poignets que je n'ai jamais vu
avant ni après eux. Ils se sont avancés ainsi le long de la plage,
innocents et seuls au monde jusqu'au moment ou ils ont vu la
terrasse et la monde qu'il y avait là. Ils ont désunis leurs
mains et ont poursuivi leur chemin.
La
voilà ma preuve, si je devais n'en retenir qu'une ce serait
celle là non ?
Nous
avons fini nos vacances sans plus nous en occuper et à la fin de
notre séjour ils ont disparu de notre vie. Il m'arrive de penser à
eux parfois et je me demande si aujourd'hui le père fait encore
partie de leur jeu. Je ne le pense pas, il a du partir, c'est la
seule chose raisonnable qui lui restait à faire !
Qu'en
aux deux autres, sans doute vivent ils comme mari et femme quelque
part dans leur univers, ces deux là s'aimaient trop pour être
aujourd'hui séparés.