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Depuis Apollinaire la Seine n’en finit plus de couler sous
le pont Mirabeau. Je ne longeais pourtant pas ce fleuve mais cheminais dans les
méandres des couloirs du métro. Pourquoi alors ce poème me revenait-il en
mémoire ? Peut-être était-ce le verbe « couler » qui causait mon
émoi. Mon imagination tournait en boucle...
J’étais descendu du RER à la station Haussmann et je me hâtais
de regagner la surface. Je tenais à la main un livre de Shan Sa :
« La joueuse de Go » avec la couverture bien en évidence. C’était le
signe de reconnaissance.
J’arrivais sur la Place de
l’Opéra baignée par une lueur blême d’automne. Il ne manquait plus que les
sanglots longs des violons mais je n’étais pas du tout mélancolique. Bien au
contraire ! Je baignais dans une sorte d’euphorie qui grandissait au fur
et à mesure que j’approchais du but.
Une nymphette, court vêtue me dépassa. Ses fesses
sautillaient en cadence et mon métronome commençait à battre le rythme. Durant
un instant je voyageais en pensée dans sa petite culotte brodée. J’imaginais un
endroit tout chaud et tout mouillé. Il embaumait la cyprine et je me serais
volontiers plongé dans ce bain odorant. Mais je ne devais pas me laisser
déconcentrer !
Le temple de Terpsichore dressait son imposante façade éclectique.
Combien d’histoires de sexe avait-il connu du temps où les danseuses
agrémentaient la vie nocturne des bourgeois fortunés ? Le choix de ce lieu me
parut donc un bon présage pour le dessein que je poursuivais.
Quelques personnes isolées attendaient sur le perron ainsi
que de petits groupes hétéros qui bavardaient gaiement. Je remarquais que les
pieds des femmes hibernaient à présent dans des chaussures couvertes. Au grand
regret des fétichistes, ils n’en ressortiraient que dans huit mois, quand le
muguet et les tulipes refleuriraient. J’adore l’été. En cette saison les sandales
et les tongs nous montrent toutes sortes de jolis pieds féminins, plus
désirables les uns que les autres. Mais cette période était à présent terminée
et les mois à venir seraient peu propices climatiquement à l’exposition des orteils.
Je gravis les marches et me retrouvais devant les portes de
l’Opéra. Je scrutais les silhouettes et dévisageais les femmes. Je recherchais
une inconnue, ou presque, tenant un livre à la main. Car si j’ignorais tout des
traits de son visage, je connaissais à merveille les différentes parties de son
corps et surtout les plus intimes. J’avais si souvent parcouru des yeux, avec
délice, le galbe de ses seins, le renflement de ses fesses, le modelé de sa
taille, l’harmonie de ses pieds, la vallée de son pubis que j’imaginais chaude
et humide, presque tropicale !
Mais son visage, point ! Elle avait toujours refusée de
me le montrer. Non pas qu’il fut laid ou entaché d’une quelconque disgrâce, ni
par pudeur ou timidité. Mais davantage par crainte. Mais cette fois-ci j’allais
savoir, découvrir qui se cachait derrière ces magnifiques atouts, voir comblée
cette curiosité qui me démangeais tant depuis plusieurs semaines.
La place bruissait d’un mélange de circulation automobile et
piétonnière auquel s’ajoutaient les conversations animées de mes voisins. Je
continuais de regarder tout autour de moi ne sachant de quel côté elle
arriverait. A une ou deux reprises je crus, dans une silhouette féminine,
deviner celle que j’attendais. Mais non ! Toujours rien … Rien
d’inquiétant non plus. L’heure convenue venait tous juste d’être atteinte.
Une brune aux longs cheveux frisés approchait. « Toute
frisée comme un mouton », pensais-je. Mais elle méritait mieux que ce
cliché banal. Elle portait une jupe courte qui laissait voir ses cuisses charnues
et ses belles jambes fines et nues. J’aurais aimé voir ses petits pieds mais
ils se cachaient dans des chaussures converses qui lui donnaient un air
sportif. Un sac en bandoulière s’accrochait à son épaule et son visage
irradiait une grande sensualité qui me fit tressaillir. Mais ce ne pouvait pas
être elle. A mon grand regret ! Car ses mains étaient vides… Aucun livre
ne s’y trouvait. « Les femmes sont belles mais la vie est mal faite »,
cette drôle d’idée me traversa soudainement l’esprit.
Pourtant elle continuait à se diriger vers moi. A présent
elle gravissait les marches. Elle approchait de plus en plus, levant la tête et
en me fixant droit dans les yeux. Un regard bleu, lumineux, franc et
interrogatif.
« Bonjour Roxan ! ».
Et sa bouche charnue fit
apparaître un beau sourire qui me permit de découvrir ses dents toutes blanches
et bien rangées.
Je pris un air idiot, levait les sourcils en signe de
perplexité et questionnais : « Minou ? ».
« Tu ne me reconnais pas ? », répondit-elle
en riant.
Alors, presqu’en bafouillant je lui répondis :
« Mais, mais, et le livre ? ».
« Oh, je l’ai oublié » fit-elle négligemment.
Quelques mois auparavant, tandis que les oiseaux égayaient le
printemps, je m’ennuyais. J’avais délaissé mon livre de Jim Harison qui gisait
sur le canapé. A défaut d’une femme, je m’étais tourné vers mon compagnon qui
me tendait toujours les bras : mon ordinateur. Je tapotais délicatement ses
touches et il gémissais avec de petits cris aigus. Sur son grand œil unique, à
l’intérieur de G mon navigateur favori, j’avais inscrit ces deux mots
magiques : « mature ass ».
Aussitôt apparurent à l’écran une multitude de petites
vignettes chatoyantes, montrant des culs de toutes formes, dans toutes les
positions imaginables. Des petits, des gros, des charnus, des faméliques, des
blancs, des colorés, des fermes, des mous, des ronds, des pointus. Pour certains
leur propriétaire écartait les fesses laissant entrevoir un anus rose ou plus
foncé. Certains d’entres-eux étaient même largement ouverts et tel un
spéléologue on eu pu pénétrer dans cette grotte des délices anaux.
Une femme au doux visage, allongée sur le dos, les jambes
repliées laissant apparaître la plante des pieds, les fesses invitant au voyage,
retient mon attention. Je cliquais dessus.
Je fus catapulté à la vitesse de la lumière dans un site
érotique au milieu de dizaines d’annonces, mais point la sienne. Le principe ne
me parut pas clair tout de suite mais par tâtonnements je finis par comprendre.
Finalement je créais un profil et commençais à naviguer.
Je fus attiré par la profession de foi originale d’une femme nue et
sans visage qui posait en « doggystyle ». J’eus tout de suite envie de
ce corps exposé de façon sensuelle et provocante.
« Littéraire et libertine »
« J’aime de Sade sa Justine »
« Point de beaufs aux grandes queues »
« C’est un rêveur que je veux »
« Dans la barque pour Cythère »
« Conduit-moi loin de la Terre »
« Vers un pays inconnu »
« Où tous les gens vivent nus »
« Conte-moi les mille nuits »
« Pour sortir de mon ennui »
« Tu jouiras de mon cul »
« Quand je serai
convaincue »
Le défi paraissait difficile à relever. Mais avec de telles
exigences, elle n’était peut-être pas submergée de contacts. Je me demandais
s’il fallait lui parler de Sade qu’elle aimait, mais trop classique.
D’Emmanuelle Arsan, sublime mais un peu démodée. De E.L.James, trop best-seller
de supermarché. Des Onze mille verges de Guillaume Apollinaire, encore
lui ! Mais elle voulait peut-être commencer en douceur, en littérature, en
onirisme, sans sexe brut. Alors je me résolus de l’intriguer avec la poésie déstructurée
d’Oxxan.
Merci à toutes celles qui me feront des suggestions. Et toi, veux-tu entrer dans cette histoire ?
Si elle vous plait, alors envoyez-moi des messages pour que je continue. Là nous étions dans les préambules. La suite va devenir très chaude.
rox.szwechine@yahoo.fr
A suivre...
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